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Corail



Aux origines du corail

Le corail, de la préhistoire aux romains

Le corail, dont le nom vient du grec « korallion », fut connu et utilisé dès la préhistoire : des incrustations et des garnitures d’objets en corail ont été découvertes dans des tombes celtes de la période de la Tène (âge récent du fer). A l’époque romaine, des centres de travail se trouvaient en Asie mineure, à Smyrne et à Magnésie.

Vertus du corail

Diverses vertus magiques étaient alors attribuées au corail, vertus qui se multiplièrent au Moyen Age : détourner du meurtre et par suite, faire cesser les hémorragies, préserver des mauvais génies et donc calmer tempêtes et orages, éloigner les terreurs paniques et les cauchemars, et aussi guérir les maladies d’yeux et faciliter la sortie des dents. Il fut porté comme amulette pour détourner du « mauvais œil ».

La mode du corail

En Italie, les hommes arborent toujours de petites cornes sculptées en corail, et les femmes des boules. Les bijoux en corail ont été fort à la mode en Occident, de la Renaissance au milieu du XXe siècle ; elles demeurent appréciées en Orient et autour de la méditerranée, surtout en Italie.

Notoriété du corail

La parure de bijoux en corail de la reine Marguerite de Savoie, composée de coraux pêchés dans la baie de Naples, était fort célèbre, de même que les objets de vitrine de la collection japonaise Matsuma. Un musée du corail se trouve près de Kochi, à Tosashmizu, près ces centres japonais de l’industrie du corail ; un autre fut installé par Basilio Liverino près de Torre del Greco, ville italienne dévolue au travail du corail et des camées-coquilles.

Formation et propriétés du corail

Le corail: Un animal

Considéré tout d’abord par Théophraste comme une plante pétrifiées, puis, de Pline jusqu’au XVIIe siècle, comme un curieux arbuste sous-marin dont la sève laiteuse fut observée en 1613 par un gentilhomme lyonnais, et les « fleurs » en 1706 par le comte de Marsigli, le corail fut reconnu comme une sorte d’animal voisin du poulpe par jean André de Peysonnel, dans son mémoire de 1744.
D’abord vigoureusement combattue par Réaumur et Jussieu, qui reconnurent leur erreur dès qu’ils eurent connaissance des travaux de Tremblay sur l’hydre d’eau douce, cette opinion fut définitivement démontrée par les études de lacaze-Duthier, en 1863. Le corps de chaque polypier de corail – de 2mm de long environ – est une sorte de sac tubulaire à 8 loges intérieures, avec une ouverture (bouche) comportant 8 tentacules finement dentelées. Ce sac est inséré dans un tissu conjonctif, dit coenorsarc, dans lequel il peut totalement se rétracter à la manière des anémones de mer. Tous les individus de la colonie sont interconnectés par un système de vaisseaux courant parallèlement à l’axe de ses « branches » et transportant un fluide blanchâtre (observé en cassant une branche de corail vivant). Aussi toute la colonie se renferme t’elle dans le coernosarc lorsqu’un danger est perçu par l’une de ses parties. (Ce qui explique l’interprétation d’un épanouissement de « fleurs » données en 1706 à la vue des individus réapparaissant une fois le danger passé).
Le pied des polypes et la base du coenosarc sécrètent des spicules calcaires dont les dépôts successifs constituent comme un squelette externe à la colonie. Celle-ci ressemble ainsi à un arbrisseau dépourvu de feuilles, dont les branches pétrifiées comportent une sorte d’écorce gélatineuse. La colonie s’accroît par une forme de bourgeonnement du coenorsarc, à l’extrémité des branches. Les individus les plus vieux sont donc les plus proches du point de fixation : le développement peut, ainsi, ou bien continuer une branche, ou bien, au contraire, former une bifurcation ; les nouvelles branches sont évidemment plus minces que les anciennes et des lacunes peuvent apparaître au niveau des dichotomies, ce qui gêne l’emploi ultérieur des branches (le « flair » ou les rayons X permettent de détecter ces trous).
Tous les individus s’une même colonie sont du même sexe ; cependant, certaines branches d’un « arbre » portent parfois des « individus » d’un sexe différent du reste. Les colonies de corail se multiplient et se répandent par reproduction sexuée : chaque ovule arrive à maturité à l’extrémité d’un pédoncule dans la cavité stomacale d’un polype femelle, où viennent le féconder les spermatozoïdes répandus dans la mer par les polypes mâles ; il en résulte une larve allongée microscopique qui, rejetée en mer libre, devient une sorte de petite méduse, laquelle se plaque bientôt contre un rocher et s’y fixe en s’étalant ; il se forme alors un « bourgeon » qui devient le premier polype de la nouvelle colonie. Le pied de cet animalcule commence à sécréter un support calcaire, tandis que le coenorsarc s’accroît et qu’un seconde bourgeon apparaît, bientôt suivi d’un troisième. Le support calcaire se dresse en une colonie qui sera le tronc principal du nouvel arbre, d’où se détacheront, à des niveaux différents les branches secondaires.
Du fait de leur formation, les branches de corail ont une texture radiée marquée par des nuances colorées légèrement différentes, superposée à des zones d’accroissements concentriques. Cela se traduit par un aspect très caractéristique de la surface des objets sculptés et polis : tantôt des lignes parallèles alternativement plus claire et plus foncées, tantôt des cercles alternativement clairs et foncés entourant une petite cavitécen.

Gisements de corail

Le corail noble appartient à quelques-unes des 27 espèces voisines de corallium : C. japonicum, C. konojoi, C. elatius vivent dans les mers situées entre le Japon et l’Archipel malais en passant par Taiwan et le sud de la Chine ; C. secundum vit autour de Hawaï, C. reginae dans l’océan indien.
Les diverses espèces de corail demandent une eau calme, claire et tempérée. De fortes variations de températures ou des boues sont fatales à leurs colonies qui forment de véritables forêts sous-marines, à une profondeur, parfois faible (3m), ne dépassant guère 300m. Les coraux de Sciacca en Sicile, découverts en 1875, si abondants qu’ils provoquèrent une chute des cours, étaient des coraux morts , qui disparurent d’ailleurs complètement à la suite d’une tremblement de terre sous-marin.
Les coraux les plus appréciés proviennent des côtes d’Afrique du Nord, pour la pêche desquels deux Marseillais, Linche et Didier, fondèrent en 1561 la Compagnie du Bastion de France, du nom du port construit à cet effet près de Bône. Cette activité fut encouragée par les rois de France qui créèrent en 1719 la Compagnie Royale. Très prospère, celle-ci employait 800 personnes pour la pêche au corail entre avril et août. Dissoutes à la Révolution française, ces deux compagnie abandonnèrent leur activité à l’industrie italienne ; de même le travail passa de Marseille en Italie, où Torre del Greco, près de Naples, est devenu à partir de 1805 le centre où est travaillé le corail méditerranéen et celui importé d’Asie.
Actuellement, le corail noble provient principalement de l’océan pacifique : d’une part des îles et archipels du Japon, de Taiwan et du sud est de la chine et d’autre part de l’archipel hawaïen des Midway à Hawaï. Le principal centre de distribution du corail brut est Kochi (Shikoku).

Utilisations et traitement du corail

Une branche de corail peut atteindre 4cm de diamètre et 40cm de hauteur, mais les coraux japonais ou taïwanais sont souvent plus importants. Une branche de 26kg et un arbrisseau de 37kg ont été signalés. En plus de son poids, le corail brut est estimé selon sa forme et sa couleur.
Les rameaux buissonneux tels que ceux qu’on rencontre sur les côtes françaises et espagnoles sont moins appréciés que les rameaux massifs. En effet, ils ne permettent que de polir et de percer des « brindilles » brutes, utilisées seulement en colliers. De même, des rameaux percés par des organismes marins ou comportant des vacuoles sont moins recherchés. Pour la couleur, en dehors du corail noir et du corail blanc, assez rares, les coraux franchement roses (dits peau d’ange ou fleur de pêcher) et franchement rouges sont les plus appréciées. Ces derniers sont classés en écume de sang, fleur de sang, premier sang, deuxième sang, etc.
Le corail est travaillé avec des outils en acier, puis poli. Cela donne des boules, des olives, des broches, des breloques, de la petite bijouterie (collier, bracelet, boucle d’oreille, pendentif, sautoir). En orient, des arbres entiers sont sculptés en objets de vitrine dont les thèmes s’inspirent de la mythologie bouddhiste et de la nature (oiseaux, fleurs).
Par suite de leur fragilité chimique, il ne faut pas nettoyer les bijoux en corail qu’avec de l’eau savonneuse.


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